Conférence
26 fév 2024 > 8 avr 2024

Séminaire des études culturelles

Henri Lefebvre, moments philosophiques, sociologiques et culturels
© Bert Verhoeff for Anefo

Lundis 26 février, 11 et 25 mars et 8 avril, de 17h30 à 19h30

► Au Studio La Vignette

► Entrée libre

► Contact :
thierry.serdane@univ-montp3.fr

Cycle organisé par Thierry Serdane (Université Paul-Valéry Montpellier 3, RIRRA 21)

 

▬▬ L'ATELIER

Chaque année, l’Atelier des Études culturelles, inscrit au programme du Master Études culturelles et ouvert à un large public, propose une série de séminaires autour d’une question, d’une figure ou d’un courant de pensée lié aux études culturelles.

Nous vous donnons rendez-vous cette année autour d’Henri Lefebvre (1901-1991), un penseur peu connu des étudiants mais aussi de nombreux enseignants chercheurs quand il n’est pas un incontournable de leur discipline. Pourtant il aura été un des auteurs les plus productifs du XXème siècle : près de 70 ouvrages et des centaines d’articles au cours de sa vie intellectuelle. Il développe le projet d’une « métaphilosophie », d’une philosophie pratique, du quotidien, englobant tous les savoirs pour changer la société.

Cet atelier, en procédant à une présentation générale du penseur avant de privilégier l’abord de quelques moments seulement de son œuvre, se donne comme objectif de susciter l’intérêt de poursuivre la lecture.

Séance 1 : lundi 26 février de 17h30 à 19h30, avec Thierry Serdane (Université Paul-Valéry Montpellier 3, RIRRA21)
- "Henri Lefebvre, une existence : traversée intellectuelle du XXème siècle"
-
Quelques mots sur "la méthode Lefebvre"

Séance 2 : lundi 11 mars de 17h30 à 19h30, avec Thierry Serdane (Université Paul-Valéry Montpellier 3, RIRRA21)
-
"À propos du 
Manifeste différentialiste – Le sens universel de ce qui diffère"

- "Réflexions sur quelques concepts et analyses lefebvrienne" round 1

► Séance 3 : lundi 25 mars de 17h30 à 19h30, avec Thierry Serdane (Université Paul-Valéry Montpellier 3, RIRRA21)
- "À propos de La présence et l’absence – La contribution d’Henri Lefebvre aux théories de la représentation"
- "Réflexions sur quelques concepts et analyses lefebvrienne" round 2

Séance 4 : lundi 8 avril de 17h30 à 19h30, avec Claire Revol (Université Grenoble Alpes, laboratoire PACTE)
-
Henri Lefebvre, précurseur de l'écosocialisme ? Fausses pistes et potentiels au regard des archives personnelles de l'auteur.
- Présentation par Claire Revol de son travail sur le fonds Lefebvre à l’IMEC et de son projet de délégation CNRS sur l'écologie sociale

 

▬▬ HENRI LEFEBVRE : BIOGRAPHIE

Henri Lefebvre est un philosophe né en 1901. Militant et théoricien au sein du Parti Communiste Français de 1928 à 1957, son marxisme non orthodoxe l’en écartera en 1958. Moment clé qui va l’amener à produire à la fois, une somme biographique et une analyse institutionnelle qui ouvriront une activité intense d’écriture. Il ne rejoindra l’université qu’à 60 ans en 1961, d’abord à Strasbourg puis à Nanterre, où sa présence et ses intuitions vont largement nourrir la révolte de Mai 68 et les mouvements contestataires des années suivantes. Lefebvre pense en philosophe, en sociologue, en géographe, mais son œuvre se situe par-delà les clivages disciplinaires, abordant aussi bien les mathématiques et les arts, la logique et la poésie.

Lui qui fut chauffeur de taxi, professeur de lycée, directeur de station de radio, chercheur au CNRS et enfin professeur d’université, développa le projet d’une « métaphilosophie », d’une philosophie pratique, du quotidien, englobant tous les savoirs pour changer la société. Cette ambition l’amènera à beaucoup écrire, jusqu’à se répéter pour certains, quand d’autres y voient un mouvement d’itération et de remise en question permanente. Il lit très jeune Hegel, Nietzsche, et participera à traduire de très nombreuses œuvres, étudiant en profondeur Marx et le matérialisme dialectique. Il sera des premiers existentialistes (ceux de l’entre-deux-guerres), côtoiera les surréalistes avant de se brouiller avec eux, accompagnera quelques années l’élaboration de la pensée situationniste avant de se brouiller, là aussi, avec Guy Debord. Lefebvre touche à tout, est de toutes les aventures intellectuelles et cultive l’art de se faire des ennemis, parfois pour des détails mais le plus souvent pour des problèmes de fond : sa longue dispute avec le structuralisme, en particulier, compte certainement pour beaucoup dans son long effacement en France (alors qu’il est considéré aux USA et en Amérique latine comme l’un des penseurs français les plus importants du XXème siècle).

Lefebvre s’est intéressé à l’État, aux institutions, aux appareils de pouvoir, à la façon dont les politiques font sens, mais aussi et surtout à la vie, à la vie quotidienne, à l’analyse conjointe du vécu, du perçu, du conçu. Sa trajectoire sociologique est ponctuée de moments que l’on peut clairement marquer : partant dans un premier temps de l’analyse des mondes ruraux (notamment les sociétés pastorales et l’univers pyrénéen), il questionnera ensuite l’urbain, le droit à la ville, l’espace, mais l’espace vécu, ainsi que sa production – l’habité plus que l’habitat. Chose qu’on oublie parfois, sa pensée traversera également les questions artistiques et littéraires, traquant notamment, de 1947 à 1955, le mouvement de la pensée chez de grands écrivains français (Diderot, Pascal, Rabelais, Descartes, Musset). Parmi les premiers à dénoncer le culte de la croissance économique, il sait identifier dès les années 1950 les risques de l’informatique, dénonçant la technocratie et le possible avènement d’un « cybernanthrope », dont l’humain branché sur les réseaux sociaux semble être la matérialisation contemporaine. Enfin, il sera aussi un des premiers penseurs de la différence avec son Manifeste différentialiste, paru en 1970.